26 août 2007
Villa Franca de Xira - Lisboa, Jonglage final
km parcourus : 35 / cumulés : 2542 km
Je m'attendais à tout en arrivant aux alentours de Lisbonne. A une émotion forte, à de la rage d'y être arrivé, des larmes de devoir arrêter ici, de joie ou encore rester sans voix ni pensée. Après une longue traversée via une nationale, la première chose que j'ai vu au loin fut la Tour vasco de Gama, puis le pont Vasco de Gama. En m'y approchant, je me sentais approcher d'une capitale et toute sa démesure. Ce pont, droit sorti d'un rêve, semblant etre sorti des flots du Tage, un goût de Golden Gate...Les larmes sont proches et je m'assoie pour me concentrer sur mes derniers pas. Un habitant de de Lisboa, en vélo, vient m'acoster et me souhaite la bienvenue à sa maniere dans la ville qui n'etait pas encore sous mes pieds. Il m'annonce qu'il me reste encore 15 km. Je ne m'attendais pas à celà.
Je m'attendais à tout en arrivant a Lisbonne. Mais je n'ai jamais pu consideré y être vraiment. Etais-je encore en banlieue sur ce grand troittoir vide de monde qui n'en finissait pas ? Ou suis-je, ou est Lisbonne ? Je m'attendais à tout sauf à de l'énèrvement.
Je m'attendais à tout en étant à Lisbonne, tout proche du parvis de la cathédrale. A tout, sauf à ne pas la trouver, à devoir encore essuyer l'antipathie des gens face au pélerin transpirant et apeurant que j'étais. A tout, sauf à y arriver et ne voir qu'un mini parvis en plein soleil, pas possible de s'asseoir, pas possible de savourer l'instant...Alors je ne l'ai pas savouré.
Et puis...Et puis apres un passage à mon auberge de jeunesse - la perfection de l'accueil et du confort, je me suis même demande si je n'étais pas mort et n'étais pas au paradis - je pars à l'encontre d'une ou plusieurs bières car il faut que je ressente quelquechose, c'est quoi cette fin, ou sont les larmes...En passant sous la grande porte de la Place du Commerce, un jongleur vagabon, clodo pour beaucoup, itinérant sans le sou pour quelques uns, me remercie avec sourire de mon euro. Je me sentais si proche de lui - dont tout le monde était indifférent d'ailleurs - et si loin des autres. Son visage sentait le moment nouveau et il était évident qu'il venait d'arriver ici. Complètement coupé du systeme, lui, lui il l'est vraiment et c'est si beau a voir. J'ai compris devant mon unique bière alors que c'est lui, c'est lui mon point final putain, c'est lui la cerise sur mon gateau, c'est lui ma Terre Promise. Car lui il continue, car lui est la suite, car lui est fantasme de choix de vie, car lui...Je gratte un petit mot de ma pensée bouleversée du moment sur un bout de papier, prépare un peu d'argent pour son dîner et pars en espèrant qu'il soit encore là. En sortant du bar, je tombe littéralement sur lui entrant de partir, lui demande si il lit l'anglais et qu'il accepte ce quelquechose pour son dîner. Bien entendu mon geste est imparfait et je pourrai décliner son imperfection sur des lignes et des lignes mais qu'importe. Il reste perturbé un moment, je m'en vais deja, et me retourne pour lui faire un dernier signe. Il a lu le mot et me dit, coi, avec une voix a peine audible, "waooow, thank you...". Je suis déja parti, il part dans l'autre sens. Sa réaction met un terme a mon Paris-Lisbonne le 26 aout 2007 aux environs de 20h30...Va de l'avant, continue beau prince, continue de faire ce que je ne pourrai peut-être jamais faire, continue nos chemins...
Alors il ne s'est peut-etre pas lové dans mes bras et n'aura jamais rien su de moi mais c'était lui, mon rêve de la veille aussi, que de temps pour comprendre tout celà aprés coup, estomaqué et si heureux, si heureux, je n'en méritais pas tant, je rentre dans mon antre et m'apprête vraiment à redevenir touriste de la vie sans rancune, sans doute sur nos chemins, sans nostalgie précoce, tout simplement, grâce à lui.


Va ! Vis...Moi j'en retourne - comblé - à mon ersatz de survie.... A fim...
25 août 2007
Azambuja - Villa Franca de Xira, Mon cinéma
km parcourus : 18 / cumulés : 2507 km
Etape morose voire triste en pleine zone industrielle puis banlieuesarde, temps gris, mais à l'orientation évidente. Et surtout... Surtout, se situer géographiquement à une trentaine de kilomètres à peine de la Terre Promise donne de grandes chances d'y être le lendemain. Je banni le doute cette fois et écris alors sur cette veille d'accomplissement mieux que je le ferai demain, pris entre soulagement et nostalgie précoce, trop boulversé sûrement, mieux que je ne le ferai après, trop romancé possiblement. 90 jours de marche et 2500 km parcourus, bilan difficilement résumable...
2500 km dont j'ai vu des paysages différents, des plaines à la montagne, des déserts aux grandes villes, [...] 2500 km de rencontres aussi, des gens surprenants, des pétillants, des mieux et des pires, des cas, une révelation, des cons, aussi. Ce mixe reste très positif et n'a fait que renforcer le cylindre de ma foi en l'être humain. Et je pense que si, si, on pourra la sauver notre étoile en s'aidant mieux dans nos chemins. Même si je n'ai pas gagné de Cesar et ne suis pas parti dans la vraie jungle, je tenais à remercier profondément tous ces gens, au Portugual, en Espagne et en France qui m'ont remis concrètement dans le droit chemin, qui ont fait preuve de vraie générosité envers moi et aussi tout le reste et non le moindre : les sourires, les mots d'encouragement, les gestes, les klaxons, les commentaires sur ce blog, les dénigrements et les désencouragements boostant aussi... Et il va sans dire toutes les marques qui sont toujours arrivées au moment opportun de mes proches, famille, amis, mes acrobates de ma chance que j'ai hâte de revoir même si chaque absence traîne sa part de doute de retrouver ceux qu'on aime...
90 jours d'autant d'actes manqués que de synchronicité, où je suis passé par des sentiments et sensations si nombreux, beaucoup et son contraire, [...]. 90 jours de solitude aussi, même si souvent accompagnée en Espagne. 90 jours pour apprendre, savoir être un pélerin et tout ce que ça procure. 90 jours où j'espère avoir touché d'un peu plus près nos chemins, d'avoir été à la hauteur de mon projet. 90 jours où j'ai pris un malin plaisir à me mettre en scène à travers ce blog et dans mon carnet de route. En cette veille de fin, je finirai en disant qu'il serait de bon ton d'avouer avoir trouver les réponses, de m'être amélioré, d'avoir "trouvé" ce que je "cherchais". Mais...Alors je n'ai pas trouvé la réponse à mes "pourquoi", je n'en attendais pas moins ni plus mais j'ai découvert le comment trouver pourquoi. Il faut que je me l'imprime aussi tant j'ai envie de garder ce trésor sur et au fond de moi comme on garde un mystère : le chemin, bien sûr. Evidence ? Pas tant que ça. Vivre et penser savoir sont si loin l'un de l'autre. Et puis, la quête en laquelle je croyais avant de partir et le chemin sont deux notions bien différentes, l'une est obssetionelle, l'autre peut-être doux, l'une connaît son but avant, l'autre ne le sais qu'après [...].
Et puis, et puis en cette veille de fin, fatigué et emerveillé, la solitude ayant relativement éte longue, aussi, j'ai ce fantasme impudique, fou et incorrect, que quelqu'un m'attende à Lisbonne. Pas que je crève l'amour. Juste pour sublimer encore plus l'acte. La beauté d'un prince parti délivrer sa princesse. Il ou elle se loverait dans mes bras et me dirait, dans un souffle, un soupir, comme un secret, qu'il n'y a rien à voir dans ses histoires mais seulement moi...et mon cinéma...
In fine...
24 août 2007
Valada - Azambula, comme un goût d'eux
km parcourus : 12 / cumulés : 2477 km
Je sais déjà que je vais avoir mal. C'est une certitude, quel comble pour moi qui me vante tant du doute. J'ai eu le temps d'y penser aujourd'hui, à cette fin proche, à la mutatiom estomaquante à venir de pélerin en vulgaire touriste. Cette petite étape à travers les champs de tomates ne fut pas difficile et très courte. Je suis hébergé dans une pensõa où il y a la Télé. Alors je l'allume, bien sûr, et je tombe sur une chaîme musicale française où j'en vois trop..J'ai lu aussi que certains ne se souvenait plus de la vieille "histoire" de la séparation des pouvoirs. On oublie tout, toujours, tout le temps...Que de choses à savoir à rattrapper sur mon pays quand je rentrerai...
Il y a des choses qui ne s'oublient pas. Avant-hier et les autres nuits chez les Bombeiros. Que dire de cette sensation de gamin quand je passe au travers des camions de pompiers pour aller me doucher, dans les casernes où je dors. J'ai l'impression d'être face à des légos géants, je suis tout émerveillé de ce fantasme de gosse du camion de pompier. C'est amusant...Hélas, la politesse ne me permet pas de prendre des photos ni même de m'attarder devant les engins.

23 août 2007
Santarém-Valada, le Tage enfin !
km parcourus : 24,5 / cumulés : 2477 km
Etape du jour : La digue infernale á cause du manque d'ombre lors de sa suite pendant 13 km et mon "caprice de Muge" (détour râté pour trouver un hébergement) qui me font dormir sur plage aménagée du Tejo (Tage) de Valada ce soir. Et j'avoue que ce n'est pas négatif du tout car cette perspective de dormir sans rien devoir demander á personne est une bonne nouvelle aprés cette étape sans sourire et pleine de refus. Sans sourire des autres seulement car j'ai beaucoup rit d'autodérision quand cette petite épicière-barmaid énervée de Muge m'a ramené une boîte de poids chiches alors que je lui demandais un café au lait (grao - galao)...J-3, je divague...

